Ce qu’est une plateforme agréée
Avec la réforme, les factures entre entreprises françaises ne circulent plus directement de l’une à l’autre : elles passent par des plateformes agréées (on disait autrefois « PDP »). Ce sont des entreprises privées, immatriculées par l’État après avoir montré leur conformité fiscale, la sécurité de leurs données et de leur infrastructure, et leur capacité à échanger avec les autres plateformes et avec le portail public.
Le circuit est toujours le même : votre plateforme envoie votre facture à la plateforme de votre client, et transmet au passage certaines données à l’administration. Dans l’autre sens, votre plateforme reçoit les factures de vos fournisseurs.
L’État n’a pas créé de plateforme publique gratuite pour échanger les factures. Le portail public de facturation (PPF) a deux rôles : tenir l’annuaire, qui indique pour chaque entreprise la plateforme qui reçoit ses factures, et servir de concentrateur des données transmises à l’administration. Ce sont les plateformes agréées qui mettent à jour l’annuaire pour leurs clients.
Plateforme agréée ou solution compatible : ne pas confondre
Votre logiciel de facturation, de caisse ou de comptabilité n’est pas forcément une plateforme agréée. Il peut être une solution compatible, à deux conditions cumulatives : proposer des fonctions conformes aux attendus de la réforme (formats, données), et être raccordé à au moins une plateforme agréée. La solution compatible prépare la facture ; c’est la plateforme qui la transmet.
En pratique, beaucoup de TPE n’auront jamais à « choisir une plateforme » directement : elles choisiront un logiciel, et ce logiciel sera raccordé à une plateforme. Il faut alors savoir laquelle, et avec qui vous signez. La DGFiP a créé une signalétique pour repérer les logiciels compatibles.
Pour être transparent : Le Frac, qui publie ce blog, est une solution compatible raccordée à une plateforme agréée. Les critères ci-dessous valent pour tous les outils, le nôtre compris.
Étape 1 : vérifier la liste officielle
La liste des plateformes agréées est publiée et mise à jour sur impots.gouv.fr, téléchargeable en tableur ou en PDF. Elle comporte deux listes : les plateformes immatriculées, qui ont rempli toutes les conditions, y compris les tests d’échange avec les autres plateformes, et celles dont le dossier est complet mais dont l’immatriculation définitive dépend encore de ces tests.
Avant de signer, cherchez le nom exact de la société (pas seulement celui du produit) dans la liste. Si votre interlocuteur se dit « compatible », demandez-lui le nom de la plateforme à laquelle il est raccordé, et vérifiez celle-ci.
Étape 2 : les critères qui comptent pour une TPE
Toutes les plateformes agréées savent recevoir et émettre les trois formats du socle (Factur-X, UBL, CII) et échanger entre elles. Les différences sont ailleurs :
- Ce qui est couvert. La réception (obligatoire depuis le 1er septembre 2026), l’émission (au plus tard le 1er septembre 2027), l’e-reporting de vos ventes aux particuliers et à l’étranger, les données de paiement. Une offre « réception seule » peut suffire aujourd’hui, mais pas en 2027.
- Le lien avec vos outils. Si vous avez déjà un logiciel de facturation ou un expert-comptable, la plateforme doit s’y brancher. Sinon, vous pouvez saisir vos factures directement sur la plateforme.
- Le suivi des statuts. Chaque facture a un statut : déposée, rejetée, refusée, encaissée. Une interface claire vous évite de découvrir un rejet trois semaines plus tard.
- Vos clients publics. Si vous facturez l’État ou une collectivité, vérifiez que la plateforme est raccordée à Chorus Pro.
- L’assistance. Qui répond, par quel canal, en combien de temps, et en français.
- La sortie. Comment récupérer toutes vos factures et leurs statuts si vous partez. Le changement de plateforme est possible à tout moment ; encore faut-il pouvoir emporter vos données.
Vous pouvez aussi utiliser plusieurs plateformes : une pour recevoir, une autre pour émettre, voire une troisième pour l’e-reporting. C’est permis, mais pour une petite entreprise, une seule plateforme bien choisie est souvent plus simple à suivre.
Étape 3 : comparer les coûts sur une année
Les prix sont libres. D’après la DGFiP, plus d’une centaine de plateformes ont été agréées, et certaines proposent des services à moindre coût, voire gratuits, pour respecter les obligations. L’administration rappelle aussi que le cadre impose l’interopérabilité, pas un logiciel unique : le prix dépend du niveau de service choisi.
Les grilles tarifaires mêlent souvent un abonnement, un prix par facture et des options. Pour comparer, ramenez tout à votre volume annuel. Exemple fictif, pour la méthode :
| Offre A | Offre B | |
|---|---|---|
| Abonnement | 0 € | 15 € HT par mois |
| Prix par facture émise | 0,40 € HT | inclus |
| Réception | gratuite | incluse |
| Coût annuel pour 30 factures par mois | 30 × 12 × 0,40 = 144 € HT | 15 × 12 = 180 € HT |
| Coût annuel pour 80 factures par mois | 80 × 12 × 0,40 = 384 € HT | 180 € HT |
Avec peu de factures, l’offre au prix unitaire revient moins cher ; au-delà d’un certain volume, l’abonnement l’emporte. Ajoutez ce qui n’apparaît pas dans le prix : le temps passé à saisir, à corriger les rejets, à relancer les clients.
Les pièges à éviter
- Signer avec un logiciel sans savoir à quelle plateforme il est raccordé. C’est la plateforme qui transmet ; c’est elle qui doit figurer dans la liste officielle.
- Croire que le portail public fera le travail. Il n’échange pas les factures : il faut une plateforme agréée.
- Choisir une offre de réception seule sans regarder la suite. En 2027, il faudra émettre et transmettre l’e-reporting ; changer à ce moment-là est possible, mais plus stressant.
- Céder à un démarchage pressant. Le choix est libre, il n’y a pas de plateforme « imposée » par l’administration, et vous n’avez rien à déclarer vous-même.
- Oublier l’accord formel. Pour être inscrit dans l’annuaire comme destinataire, vous signez un accord avec la plateforme de réception. Gardez-en une copie : c’est aussi une preuve de votre mise en conformité.
Pour situer ce choix dans l’ensemble de la réforme, voyez ce qui change pour une TPE en 2026-2027, ou la partie du guide consacrée à plateforme agréée et solution compatible.
Questions fréquentes
Dois-je déclarer ma plateforme agréée à l’administration ?
Non. Vous signez un accord avec la plateforme, et c’est elle qui met à jour l’annuaire pour que les factures de vos fournisseurs vous parviennent. Vous n’avez aucune démarche à faire auprès de l’administration.
Puis-je changer de plateforme agréée ?
Oui, à tout moment. Vous pouvez aussi en utiliser plusieurs, par exemple une pour l’émission et une autre pour la réception. Avant de signer, vérifiez comment récupérer vos factures et leurs statuts si vous partez.
Mon fournisseur utilise une autre plateforme que la mienne : est-ce un problème ?
Non. Les plateformes agréées échangent entre elles, sur un socle commun de formats. Votre fournisseur ne peut pas vous imposer sa plateforme ni son format.
Existe-t-il des plateformes agréées gratuites ?
La DGFiP indique que certaines plateformes proposent des services à moindre coût, voire gratuits, permettant de respecter les obligations. Vérifiez ce que couvre l’offre gratuite : réception seule, ou aussi émission et e-reporting.
Où trouver la liste officielle des plateformes agréées ?
Sur impots.gouv.fr, page « Liste des plateformes agréées ». Elle est téléchargeable et distingue les plateformes immatriculées et celles dont l’immatriculation dépend encore des tests d’échange.
Sources
- impots.gouv.fr — Liste des plateformes agréées (impots.gouv.fr)
- DGFiP — FAQ « Je découvre la facturation électronique » (version du 01/09/2026) (impots.gouv.fr)
- DGFiP — Fiche 9 : De quel équipement mon entreprise a-t-elle besoin ? Combien cela va-t-il coûter ? (octobre 2026) (impots.gouv.fr)
- AIFE — Facturation électronique interentreprises (annuaire et concentrateur du portail public) (aife.economie.gouv.fr)
- impots.gouv.fr — Je découvre la facturation électronique (modifié le 26/05/2026) (impots.gouv.fr)
- DGFiP — FAQ « J’approfondis la facturation électronique » (version du 01/09/2026) (impots.gouv.fr)
Cet article résume les textes officiels pour vous aider à vous organiser. Il ne remplace pas un conseil personnalisé de votre expert-comptable.